La vie d'Elzevira

D’abord le feuilleton. Une année de rendez-vous hebdomadaire avec les péripéties d’une sorcière moderne, attachante, secrète, fureteuse, frivole.

 « Trop fun » affirme Pauline

« C’est quand le roman ? » s’impatiente Karima.

 Mais la vie !

Changement de région, de travail, et j’en passe... Oui, de lunettes aussi.

Passage à vide, loin des plateaux, des dédicaces et des salons.

 Et puis le doute.

Quel éditeur acceptera ce sujet fantaisiste ?

 Finalement, n’écoutant que mon optimisme échevelé, je replonge dans le manuscrit,

Triture, malaxe, trifouille, corrige, relis, retouche, pétris, patine…

 Enfin, relecture par quelques admirateurs conquis d'avance histoire de me rassurer.

 

Et le voici parti chez mon éditeur.

 S’il appelle, je ne décroche pas.

Trop peur.

J’imagine le ton neutre et la tournure polie, style « le comité de lecture a considéré que ça n’entrait pas dans la ligne éditoriale ».

 Le temps passe.

Je noie les affres de l’expectative dans la suractivité professionnelle et un projet de voyage au Mexique.

Même plus peur.

 

Novembre. Mon mobile vibre et je décroche machinalement.

« Je constate que vous avez toujours autant de talent».

Cet homme est décidément exquis, mais là je pense qu’il va me demander quelque chose.

Mais non.

Ah si, il veut éditer rapidement.

 Mais impossible de relire le bon à tirer car départ pour le Mexique.

 Il doit rappeler en janvier.

 

Bon tu crois qu’il va rappeler ? 

 

9 Janvier 2012 : C'est moi qui l'ai rappelé.

Enfin bon, on s'est mis d'accord pour une sortie fin février.

Alors, on trépigne ?

 

11 Janvier. J'apprends avec tristesse le décès du directeur de Lettres du Monde.

Lundi en raccrochant il m'avait dit "Au revoir et continuez d'écrire".