J + 2 SEMAINES
Mutisme coutumier de mon éditeur.
Restons dans l’action !
Acheté deux stylos High Tech pour m’entraîner aux dédicaces : un bleu, un noir ;
On n’est jamais trop prévoyant.
Une sortie inopinée, un succès instantané et phénoménal,
une file d’attente ininterrompue…
Et toi, trépignant d’impatience
dans le froid sur le trottoir (ben oui, ils sont obligés
de réguler le flux à l’entrée).
Et moi, affectation mystique de celle qui a trouvé l’inspiration,
mais cherchant désespérément la phrase originale,
la formule mémorable, le trait d’esprit éclatant.
Réflexion faite, pour gagner du temps à la séance de dédicaces
à laquelle tu ne manqueras pas de venir,
tu peux déposer ta phrase préférée sur le forum.
J + 3 SEMAINES
Ténèbres impénétrables de l’agenda de mon éditeur.
Expectative et fièvre du chocolat.
Symptôme : envie subite et incontrôlable qui me propulse dans la cuisine.
Thérapie : soigner le mal par le mal comme disait ma grand-mère.
Placard vide. Dans la réserve. Plus que deux tablettes.
Une lait noisettes et une noir écorces d’oranges.
Une cure d’attaque s’impose : j’entame les deux.
Stigmate : aucun, je ne me pèse plus depuis trois semaines.
Dégâts collatéraux : concentration statistique
sur la fréquentation de mon site.
Bizarre un site. Au début, je ne savais pas
par quel bout prendre cet enfant de la fée informatique.
Au rythme des euphories et des coups de grisou,
me voici ouèbmaster en chef de mon site.
J’ai fini par t’attendre, globe-trotter insaisissable.
Allez hop, un ptit dernier carré avant de te quitter cher netsurfer.
Actu : c’est le salon du livre.
Même pas jalouse.
Plus de 2 000 auteurs et même pas Lydie.
Comme dab, il y a Amélie (l’autre)
qui se la joue avec la procession
ininterrompue de ses adorateurs.
Je m’imagine au stand d’à côté
faisant mine de ne pas du tout la haïr.
Trop dur.
D’abord çà sert à quoi le salon du livre ?
Ben, comme le salon de l’agriculture,
ou celui du tourisme,
ou de l’automobile.
A prendre un bain de foule
et à manger des sandwiches
J + 4 SEMAINES
Salon du livre.
Pas du tout jalouse, j’ai dit !
Mais quand même, mon éditeur et tout son staff
qui papillonnent sur la moquette électrostatique
des allées aux cases numérotées
après avoir paradé au grand cirque de la soirée d’inauguration !
Abandonnant mon bébé
aux bureaux désertés.
En hommage à Lydie, qui ne dédicace rien
même pas « Portrait de l’écrivain en animal domestique »,
ou par pure mesquinerie vengeresse,
je hasarde un parallèle avec le salon de l’agriculture,
Chaque éditeur exhibant son cheptel
d’écrivains à tête de perruche,
de doberman, de chinchilla, ou de chat ascétique.
Je vous laisse mettre des noms sur les bestioles.
Ou en chimère à plusieurs têtes.
Une tête de doberman politique (400 pages sur le dernier scandale)
Une tête de perruche déplumée (actrice fin de carrière, sa vie son œuvre ses amants, 550 pages)
Une tête de teckel dépressif (roman mélopathologique, au moins 450 pages)
Le tout coiffé d’un sombrero.
Année du Brésil !
J + 5 SEMAINES
LA MAQUETTE !
Excitation, vertige, frénésie...
L’échographie de mon bébé tel que je le toucherai
en vrai d’ici peu.
Cette fois, à moi de tout relire, et relire encore,
et encore, et une fois de plus …
de traquer les oublis, pourfendre les erreurs, exterminer les virgules mal placées, occire les fautes oubliées, enfin, tout ce qui autorisera le lecteur intraitable à me flageller avec délectation.
Je m’accorde quelques jours en apnée une dernière fois dans le secret encore jalousement gardé des pages d’Achélème.
Les deux sont possibles. Dilemme.
Après consultation du gourou suprême Internet
il semble que la première apparition en littérature
s’est faite sous l’orthographe Hachélème.
Voilà qui me permet d’établir les deux premiers principes du précis de l’auteur débutant :
Règle numéro 1 : l’éditeur n’est pas en retard, il est surbooké
Règle numéro 2 : l’éditeur a raison