J + 6 SEMAINES
pas écrire le même roman aujourd’hui.
Le livre s’est soustrait à mon pouponnage
bien avant de se faire tripoter par les lecteurs
de la maison d’édition.
Phénomène déconcertant.
Une rencontre, un évènement, un lieu,
des émotions transposables dans d’autres lieux,
qui deviennent pâte à modeler qu’on malaxe, qu’on colore
qu’on mêle à d’autres, qu’on parsème d’aspérités …
Et à peine est-on dans l’illusion que cette créature
vous est intime, qu’elle vous échappe.
Sans doute une hallucination.
11 corrections et un bon à tirer plus tard,
nous abordons la dernière ligne droite.
Prochaine étape : LE LIVRE EN VRAI.
J + 7 SEMAINES
Connaissant mon incapacité congénitale
à tenir en place, surtout quand j’attends une action
qui ne dépend pas de moi
je me suis dotée d’un narcotique
surpuissant : Proust.
Ceci étant dit sans ironie aucune
C’est juste le rythme qui a quelque chose de l’enfance,
de cette vie immobile avant qu’on ne sente le temps passer
Me voilà donc sur le point de plonger avec délectation
dans cette respiration proustienne que
REMAQUETTE
avec ses 11 corrections !
Ils veulent être sûrs que je suis OK.
Bon, mais du coup, tout relire. Au cas où ….
Règle numéro 3 : l’éditeur est perfectionniste.
Et la mécanique qui redémarre
3 plaques de chocolat pour la séance de relecture
Car si maquette, bon à tirer, imprimeur, LIVRE
Mais quand ?
La phase imprimeur serait relativement courte.
Ah oui ?
Mais du coup : sortie imminente, dédicace. Stupeur et tremblements comme dirait Amélie (l’autre). J + …………….. 9 SEMAINES ! Et le très aimable E…….. EN VACANCES TOUTE LA SEMAINE ! Comment peut-on abandonner l’auteur exangue ? Que dis-je, asthénique, en totale déliquescence cérébrale, liquéfié, désintégré, la preuve, je me suis mise aux fraises tagada. J + 11 SEMAINES Sortie officielle le 9 juin. Voilà, je tourne la dernière page de ce journal écrit à l’adrénaline. Plus que … 35 jours 840 heures 50 400 minutes 3 024 000 secondes. Rendez-vous dans une autre vie, la vie d’Hachélème. Comme si à un moi-même éternel j'eusse préféré ma vie, laissant cette statue au bout d'une allée, dans la pénombre, avec sur ses épaules, comme des oiseaux, toutes ses vies possibles et refusées. Françoise SAGAN.