10, 9, 8 , 7 … J – 6 semaines Un mail laconique « votre manuscrit est en cours de traitement, corrections, relecture, maquette ». Help ! il m’échappe ! Des mains inconnues vont l’agiter, l’ausculter, le disséquer, le pétrir, le triturer. Des yeux inquisiteurs vont l’explorer, le pénétrer, le sonder. Angoissée comme une maman qui voit partir son nouveau-né dans les bras d’une infirmière énigmatique. Mais excitée comme une puce. J – 5 semaines Mon éditeur veut une photo de moi ! Panique ! Aucun cliché digne d’être montré sur les cinq cent photos stockées dans mon PC. Comment elle fait Sharon Stone pour paraître vingt ans de moins sur les pubs d’une célèbre marque de cosmétiques hors de prix que je citerai que si elle m’octroie des dividendes considérables ? Chirurgie esthétique ou photoshop ? Les deux ? Première option impossible à mettre en œuvre d’ici demain. Et d’abord trop peur. Seconde option réservée aux spécialistes. Or, j’ai un rapport furieusement antagonique avec Max (c’est mon PC) qui reste désespérément sourd et muet face à toutes mes velléités de dialogue. Et même en suivant scrupuleusement les conseils de « Photoshop pour les nuls ». Je renonce. Définitivement ! Bon, je repasse la galerie photos. Sélection des cinq moins moches. Mais très critique. Trop de lumière, pas assez, trop près, trop loin, ombres mal placées, pas en maillot de bain. Auto censure. Les deux moins moches. Voilà ! J – 4 semaines J’ai beau prendre l’air flegmatique, je rumine sur le mutisme assourdissant des lecteurs anonymes salariés de mon éditeur. Et un jour la sentence va tomber. Un message expéditif brutalisera mes néologismes inventifs, qualifiera d’imprécisions mes profondeurs énigmatiques, molestera ma créativité orthographique. CENSURERA PEUT ETRE ? Je tente d’imaginer ces lecteurs clandestins penchés sur le produit de tant d’émotions. Renoncer ? Retourner hiberner incognito dans mon cocon ? Exit les censeurs, les contrôleurs, les contradicteurs, les détracteurs, les moralistes, les réprobateurs. J – 3 semaines Bon c’est pas tout çà, mais c’est quand qu’ils me bombardent le fruit de leur divagations correctrices ? Le pire dans le pire, c'est l'attente du PIRE. Daniel Pennac. D’accord, mais moi l’attente çà me rend boulimique. Trop besoin d’être dans l’action. Et l’action engluée devant son portable, çà tourne vite à la boulimie. Troisième tablette de chocolat. Deuxième paquet de gâteaux. A la première séance de dédicaces, j’aurai pris 5 kilos. J moins 2 semaines Toujours pas de maquette. Mail désespéré à mon éditeur. Le temps m’échappe. Message sur mon mobile du toujours charmant E……. inflexion paternelle, léger retard, rien de grave. Je l’imagine, escamoté par trois tours de Pise de manuscrits, un téléphone à chaque oreille, tentant de circonscrire les enfantillages des auteurs. J moins 1 semaine Toujours rien. J’imagine les logiciels sophistiqués assujettis à sonder mon roman, ne trouvant aucune référence linguistique, affichant dans un rectangle rouge qui clignote ERREUR FATALE. J moins RIEN Annulé les congés bloqués pour les dédicaces. Absorbé : - trois tablettes de chocolat noir avec éclats de fèves de cacao - deux punch coco - un paquet de gâteaux à la fraise. A la première séance de dédicaces, + 5 kilos et super couche de fond de teint pour cacher les boutons. J + 1 SEMAINE La création d’un site Internet serait l’attribut indispensable de tout auteur moderne. Paraît qu’on peut être à l’âge de pierre de la création de site et réussir quand même. Max et moi on se lance. 48 heures de : « Non mais pourquoi y fait çà » « Marche pas » « Encore planté » « Y a plus de chocolat ? » « Comprends rien » « Trop fort » Me voici. Et c’est tant mieux cher futur lecteur car il va falloir patienter. Toujours le charmant mais surbooké E…… Pour la sortie compter plutôt semaine 12 que semaine 8. Snif ! Juste après le salon du livre. Je sais futur lecteur au comble de l’impatience, du coup tu n’iras pas.