Libre ou rebelle, roman

 

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À Rachid Taha,

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« Tékitoi » ? Dandy tragique, tu mêles les musiques et les générations, tu traverses l’espace et le temps en harponnant mes entrailles avec ta voix ténébreuse. Ton énergie désespérée me bouleverse, quelques phrases et des regards croisés m’emportent sur un océan au-delà du visible. Des mots jaillissent en moi :

« Dis à l’enfant que tu tiens par la main

qu’il a le droit de

transformer sa colère en liberté ».

 

Rachid taha telerama

Rachid Taha, dealer d'émotions

https://fr.wikipedia.org/wiki/Rachid_Taha

 

Article Journal du Centre

Article Journal du Centre 19-08-19

Chronique blog criminocorpus

https://criminocorpus.hypotheses.org/98823

 

Commander

https://livre.fnac.com/a13807710/Amelie-Louis-Libre-ou-rebelle

Ou si vous préférez en numérique

https://www.cultura.com/libre-ou-rebelle-tea-9782368033838.html

https://e-librairie.e-leclerc.com/ebook/9782368033838/libre-ou-rebelle-amelie-louis

 

 

Descendez pour lire le début.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LIBRE OU REBELLE

aux éditions ELLA
août 2019​

ESPACE PRESSE 

Dossier de presse et synopsis à télécharger 

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Synopsis libre ou rebelleSynopsis libre ou rebelle (201.44 Ko)

 

Voici un objet littéraire non identifié en hommage au chanteur Rachid Taha, décédé en septembre 2018.

Pas une biographie car Amélie Louis respecte ce que l’artiste a souhaité partager de sa vie. C’est l’histoire d’un Rachid jumeau porteur d’un message de liberté à tous les déracinés. Il nous parle de naître au monde, d’être au monde et d’y trouver sa place singulière, loin de la compétition, de la comparaison, tous ces facteurs d’aveuglement.

Ce qu'exprime ce texte est universel, c’est un cheminement riche en émotions et en réflexions. Nos familles, nos parcours sont façonnés par les enjeux géopolitiques qui s'imposent à nous et parfois nous heurtent. Lorsque la colère se love en nous, il faut la transcender, avancer cœur et mains ouverts pour vivre libre.

Ce livre veut provoquer une rencontre intime où chaque lecteur peut puiser des ressources pour se questionner et comprendre.

Eclats

                            Eclats - création Amélie LOUIS (fractales)

POUR LIRE LE DEBUT

 

À Rachid Taha,


Ta reprise de Douce France m’éveille et m’ensoleille en 1986. Douze ans plus tard, je fredonne au volant Ya Rayah win msafar… en tourmentant ta langue natale. 
Novembre 2005, j’habite à Saint-Dizier, en Haute-Marne, une étape dans le rythme cadencé de ta migration funambule. La salle clairsemée n’altère ni ton ardeur ni celle des musiciens.

« Tékitoi » ? Dandy tragique, tu mêles les musiques et les générations, tu traverses l’espace et le temps en harponnant mes entrailles avec ta voix ténébreuse. Ton énergie désespérée me bouleverse, quelques phrases et des regards croisés m’emportent sur un océan au-delà du visible. Des mots jaillissent en moi : « Dis à l’enfant que tu tiens par la main qu’il a le droit de transformer sa colère en liberté ».

Comme toujours, l’ébranlement m’insuffle le désir d’écrire. Pas ta biographie, tu n’as besoin de personne pour raconter ta vie. D’ailleurs, tu le feras en 2008 (Rock la Casbah - Flammarion). Non, juste un roman hommage, mosaïque composée de bouts de tes chemins et de bouts d’autres possibles comme des chimères surgies de toi, et de celle qui naissait sur une hauteur ventée du Nivernais trois mois avant que tu ne pointes ta frimousse à Sig, en Algérie.

2009, Toulouse, un dimanche de juin, festival Rio Loco. Une relation bienveillante me fait accéder au backstage. Je voudrais te parler du manuscrit de Libre ou rebelle que tu as inspiré. M’autoriserais-tu à te nommer ? Frontière infranchissable de ta loge. Dans un coin de salon, espérant ton passage, j’écris un poème, Frontières, sur la page d’un livre que je laisse à ton intention. Je ne crois pas au hasard. Lorsqu’une porte reste fermée, c’est que le chemin est ailleurs.

Janvier 2012, mon éditeur, Albert Mathieu (Lettres du Monde), décède. Deux jours plus tôt, il m’avait dit « Au revoir, et continuez d’écrire ». J’ai besoin que Libre ou rebelle devienne livre pour passer à autre chose, mais pas vraiment l’énergie pour chercher un autre éditeur.
2014, il sort sans que j’ose mentionner ton nom. Il obtient un prix de lecteurs puis s’endort sur une étagère.

12 septembre 2018, ton coeur cesse de rythmer les musiques métisses, ton corps rejoint ta terre d’enfance. La mort est une évidence depuis notre première seconde. Mais être ! Être définitivement ce trafiquant de sons qui tricote les musiques et les langues pour créer cent chemins d’émotions. La question me traverse : venu de l’avenir, quelqu’un oserait-il ? Pas un fronton, même pas une stèle, juste une plaque au-dessus d’un morceau de goudron qui porterait ton nom ?

Mars 2019, mon nouvel éditeur, Christophe Prat, décide de sortir Libre ou rebelle. Désarroi, qu’écrirais-je aujourd’hui ? Il me faut reprendre le manuscrit alors que je vivais au XVe siècle avec Anne de Beaujeu. La duchesse de Bourbon attend depuis bientôt cinq cents ans, elle n’est plus à six mois et s’efface avec élégance devant le trublion chanteur.


« Ce qu’on ne peut pas dire,
il ne faut surtout pas le taire, mais l’écrire. »
Jacques Derrida


Paris, place de la Concorde. J’ai vingt-sept ans, derrière moi quelques promesses, des toujours et des jamais, et devant moi cent chemins possibles dans la lumière palpitante de cet après-midi de juin. Le bouillonnement de la ville déverse la foule à marée montante. J’éprouve l’ivresse de ces mille voyageurs de l’instant dont les routes se croisent sous ce soleil dont l’ardeur fait s’évaporer tous les chagrins.
Au coeur des quelques mètres carrés confinés où fondent les minutes qui me séparent de la scène, la chaleur phagocyte l’oxygène, brouille mes pensées et liquéfie mes gestes.
Assis dans un fauteuil de toile noire, la tête entre les mains, je cherche à ralentir les battements de mon coeur. Expirer, sentir mon ventre se creuser, mon corps se vider jusqu’à n’avoir plus d’air du tout. Le corps désempli, rester un instant suspendu au bord du vide jusqu’au besoin irrépressible de faire entrer l’air.

Trois coups secs à la porte. Une journaliste inattendue vient déployer sa trentaine conquérante, blonde liane lisse si parfaite dans sa robe blanche aux emmanchures échancrées, bretelles croisées sur la peau nue de son dos. Le sourire fixé par un rouge impeccable, elle est nimbée d’un parfum fleuri, comme un défi à la touffeur ambiante. Elle est en service commandé. Aux vieux routards les stars du rock, à elle le chanteur néophyte d’un groupe inconnu des pince-fesses parisiens dont la tête n’est même pas sur les affiches.
Rend-elle service à une collègue partie en week-end ? À un autre moment, j’aurais sans doute voulu la séduire, user des mots et du regard jusqu’à toucher l’émotion, sentir craqueler le vernis, juguler sa perfection jusqu’à en faire une marionnette dans une chambre anonyme. Mais à cet instant j’attends juste qu’elle arrête les questions prévisibles de son sacerdoce zélé. Je guette la porte en espérant ardemment une incursion opportune.
La belle croise mon regard nerveux, accueille avec soulagement de n’avoir pas à élaborer d’excuse pour déserter si vite, décroise les jambes, jette au fond de son sac le bloc-notes où elle a griffonné quelques mots impatients.

Elle ouvre le battant et me tend une main absente. Nos politesses factices sont camouflées par la rumeur du tourbillon humain du backstage, par le grondement de la scène et les cris de la foule qui déferlent par vagues déchaînées. La robe blanche décampe en claquant la porte. Le tapage du dehors s’amortit, devient pulsation, déchirée parfois d’un éclat provenant de la loge voisine : le rire des musiciens, un accord de guitare de Jerry. 
Je retourne au fauteuil. Tête dans les mains, je m’enfonce à nouveau dans cet isolement intérieur où ma respiration éteint progressivement le tumulte du monde. Le temps devient élastique et son flux sinueux se déverse dans l’espace, il dessine des routes qui déchirent l’horizon et quelques panneaux de loin en loin.