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De la sciure dans les veines - David Ramolet

De la sciure dans les veines

De la sciure dans les veines – David Ramolet. Editions ELLA (réédition 2015)

Résumé

De la sciure dans les veines La Plume est un autiste de 30 ans. Mal accepté dans son village, il s'ouvre à l'affection auprès de Brigitte, une prostituée d'une cinquantaine d'années. Parce qu'ils se sont promis un jour d'assister à un spectacle de cirque. Brigitte et la Plume vont non seulement réaliser leur rêve mais également se faire accepter par les circassiens. Les gens de l'ombre, ceux que le public n'applaudit jamais mais avec qui tout est possible.

 

David RAMOLET pour son roman « De la sciure dans les veines » a été récompensé par le « Prix solidarité 2013 ».

 

L’HISTOIRE

 

Des personnages qui avancent sur un fil tendu au-dessus de l’abîme. En attendant qu’ils tombent, la société les leurre, les toise et les raille.

La Plume sur le fil de la raison à la déraison.

Brigitte sur le fil de l’amour à la haine.

 

Certes, ils vagabondent en dehors des codes et des convenances. Pourtant, à bien y regarder, sont-ils si étranges ?

Sont-ils plus détraqués que les clients libidineux de Brigitte la prostituée ?

Sont-ils plus dérangés que les alcooliques du bar où échoue La Plume ?

Sont-ils plus névrosés que la police qui les recherche pour les remettre dans la case que la société leur assigne ?

 

Qu'importe ! Ces deux là se comprennent. Le cirque deviendra l’espace de tolérance qui sait les accueillir.

 

AMBIANCE

 

D’un côté, il y a la piste, les lumières, les paillettes, les artistes. C'est un monde parfait où le sourire est de rigueur et la moindre approximation bannie.

 

De l’autre côté du rideau, vivent des hommes et des femmes, un caissier, une cuisinière, des tâcherons. C’est là qu’ils rencontrent Raymond, un ours solitaire au regard bienveillant. Il leur ouvrira les portes des camions rouge et or, en même temps que son cœur. Grâce à lui, ils sauront trouver leur place et vivre une vie « normale ».

 

AVIS
Un roman pour éveiller la conscience et ouvrir le regard.

 

 

 

Rien n'est rouge de François SALMON

Rien n’est rouge de François SALMON (ed. Wilquin), un recueil de nouvelles jubilatoire à lire cet été pour en voir de toutes les couleurs

Rien n est rouge

L'auteur

Il enseigne le français et l'art dramatique à Tournai.

 

Avis

Si rien n’est rouge, le fil conducteur de cet étonnant recueil de 12 nouvelles est assurément multicolore, car l’auteur joue avec les genres : western, science-fiction, nouvelle à chute, récit historique, conte de Noël.

On plonge d’abord dans l'atmosphère suffocante et fantastique de l’ouest américain dans « Les profondeurs de la soif » où le héros, un cow-boy au caractère rocailleux, se noie dans un verre d’eau.

Puis on suit quatre parcours croisés de vie pas si ordinaires dans « Les lois de la croissance » qui sont surtout les lois de la destinée.

Plus loin, on est transporté dans un Paris du moyen-âge, assiégé par les Vikings. C’est « Par la peau des siècles » qui montre comment le hasard d’alors devient la vérité historique d’aujourd’hui.

Bref, la symbolique n’est jamais loin dans cet univers créatif qui semble sans limite.

La notion du temps est souvent présente, comme dans « Fixer Suzon ». Fernand aimerait bien le ralentir, le temps, pour jouir plus longtemps du spectacle de Suzon, petite comptable dont il est tombé amoureux.

François SALMON sait comme personne camper une atmosphère en dix lignes.

Mais surtout il montre une gourmandise des mots et un bonheur de créer qui transporte le lecteur.

Il se joue des contraintes et des codes, le tout avec une liberté de ton percutante, une écriture vive, imagée.

Si bien que chaque nouvelle est un incroyable bijou littéraire.

Si « Rien n’est rouge », pardonnez-moi cette facilité, François SALMON nous en fait voir de toutes les couleurs. Il semble tirer un malin plaisir à prendre le lecteur à contre-pied, à le mener là où il ne s'y attend pas. Et pour peu que le lecteur aime être bousculé, il y trouve sa dose de paradoxes.

Voilà un recueil de nouvelles jubilatoire.

 

Prix des lycéens de la ville de Decize (58)

Prix Littér'Halles 2016 (Decize 58)

Prix Boccace 2016

                          

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La Straniera

La straniera

 

La Straniera. Stéphanie Vermot-Outhenin

La Grande Ourse. 176 p. Janvier 2016

 

L’auteur

Stéphanie Vermot-Outhenin est née en 1980. Universitaire et titulaire d’un doctorat en philosophie, elle partage son temps entre l’Italie et la France, les traductions et l’écriture. Après avoir publié des essais et des nouvelles, La Straniera est son premier roman

 

L’HISTOIRE : Transmission de culpabilité et quête d’identité.

 

Marianne quitte précipitamment Rome pour la France, laissant son fils là-bas. Elle débarque chez Lorette, sa grand-mère, dans le Jura de son enfance, après plus de 20 ans passés en Italie.

Mais pourquoi ?

Pourquoi a-t-elle fait le voyage seule, en laissant derrière elle mari et enfant ?

Pourquoi refuse-t-elle d'évoquer sa fuite éclair ?

Quelle désespérance l'empêche de défaire sa valise plantée au bas des escaliers, comme la matérialisation du trop lourd bagage intérieur ?
 

On devine dès les premières pages qu'un drame s'est joué, provoquant ce retour aux sources.
« … ce visage de femme hagarde, dans le miroir terni et sale des toilettes d’un train. Deux yeux profondément enfoncés, cerclés de noir. »

 

Si Marianne vient chercher refuge dans cette maison qui l'a vue grandir, c’est qu’elle fuit son présent. Depuis qu’IL a annoncé qu’il la quittait pour vivre avec une autre, toute son existence s’est détournée d’elle. Mais Lorette est là. Lorette, cette grand-mère presque centenaire, qui adore sa petite-fille, et veille sur Marianne comme quand elle était enfant.

 

Pourtant, Marianne a du mal à se confier. Besoin de faire le vide, de comprendre son geste. Est-elle comme sa mère, morte quelques années plus tôt, sur le point de perdre le contrôle de sa vie ? Est-elle vraiment cette femme dangereuse qui ne doit pas s’occuper de l’enfant ?

 

On découvre alors que son passé lui a laissé une ardoise à régler, l’héritage d'une histoire familiale sombre et profonde. C'est donc, ici, en France, à Dijon, que Marianne va comprendre les non-dits, son histoire de famille, ces secrets qui l’empêchent de guérir.


AMBIANCE

Roman ténébreux dans lequel intrigue et mystère se mêlent, comme le brouillard humide stagnant au dessus des vallées profondes d’un passé refoulé.

Cette histoire retrace le parcours de trois femmes, trois générations, le tout dans une atmosphère plutôt sombre au départ, et qui s'éclaire à mesure que le voile se lève.

 

STYLE

Des chapitres assez courts, écrit d'un style narratif fluide très agréable. Récit psychologique et bien cadencé, qui dessine par petites touches délicates les terribles secrets qui seront révélés à Marianne.

 

AVIS

Je l’ai ouvert dans le train qui me ramenait du salon du livre de Paris. Zut, 2h30, trop court.

Il était tard, j’étais crevée. Mais impossible de quitter cette plume addictive. A peine mon sac jeté, je me suis installée dans un fauteuil pour le terminer.

En résumé, une histoire de femmes écrite par une femme.

Un roman plutôt court, sans doute aurait-il pu être plus étoffé. Mais un premier roman très abouti. A découvrir.

 

La terre qui Penche de Carole MARTINEZ

La terre qui penche

 

 

La Terre qui penche. Carole Martinez

Gallimard Parution : 20-08-2015. 368 pages.

 

L’auteure

Carole Martinez dit avoir été hermétique au Moyen-Age lors de ses études littéraires, et pourtant, elle a consacré à cette époque, deux de ses romans : le Domaine des Murmures et celui-ci.
 

L’histoire

L'histoire est présentée comme une joute verbale entre la petite fille et la vieille âme, l’âme de Blanche quelques six cents ans plus tard, car Blanche, on le sait dès le début, doit mourir en 1361, à ses 12 ans.

La petite Blanche vit pas à pas le présent qui la rapproche de ce terme fatal mis à son enfance, tandis que sa vieille âme, sereine et apaisée, accueille son récit dans l'océan indifférent du temps.

Nous suivons ses pas menus. Elle ne sait pas encore écrire mais ne veut déjà plus obéir. Une petite flamme toute droite de colère contre son père violent et désespéré, veuf et géniteur de multiples bâtardes issues de copulations à la va vite devant la cheminée, un père qui l’échange contre un soutien financier au seigneur de Hautepierre dont le fils est idiot.

Mais Blanche et Aymon, l'enfant idiot, partagent le même imaginaire enfantin et la même innocence. Tous les deux, vont se bercer sur la Loue, la rivière dangereuse qui cache la Dame Verte, morte sous les coups, et vengeresse à l’égard des hommes.

 

AMBIANCE

Blanche est morte en 1361 à l’âge de douze ans, mais elle a tant vieilli par-delà la mort. La vieille âme qu’elle est devenue aurait tout oublié de sa courte existence si la petite fille qu’elle a été ne la hantait pas. Vieille âme et petite fille partagent la même tombe et leurs récits alternent.
L’enfance se raconte au présent et la vieillesse s’émerveille, s’étonne, se revoit vêtue des plus beaux habits qui soient et conduite par son père dans la forêt sans savoir ce qui l’y attend.
Veut-on l’offrir au diable filou pour que les temps de misère cessent, que les récoltes ne pourrissent plus et que le mal noir qui a emporté sa mère en même temps que la moitié du monde ne revienne jamais?
Par la force d’une écriture cruelle, sensuelle et poétique à la fois, Carole Martinez laisse Blanche tisser son enfance. Nous retrouvons son univers singulier, où la magie et le songe côtoient la violence et la truculence charnelles, toujours à l’orée du rêve mais deux siècles plus tard, dans ce domaine des Murmures qui était le cadre de son précédent roman.

 

C’est une histoire à la limite de la fable où le merveilleux côtoie le diable, où les croyances font juger un animal et le condamner au bucher. Elle met aussi ses jalons plus convenus : pestes, famines, bûchers, clercs et manants, seigneurs et serfs, tournois et belles dames, mariages forcés et adultères.
Le Moyen-Age n'est pas celui des livres d'histoire et on n'apprend pas grand chose sur la grande Histoire; en revanche, on vit les ravages de la Peste, les tournois, le temps des seigneurs et des vassaux, la totale soumission des femmes-objets livrées à 12 ans au mariage arrangé.

 

 

Ce roman est  une initiation à la maturité, une préparation à la perte et à la mort d'un optimisme ensoleillé.

Une fois encore, dans cette langue charnelle et lumineuse qui n'appartient qu'à elle, Carole Martinez sait nous ensorceler. On reconnaît d'abord le domaine des Murmures, perché sur cette Terre qui penche vers les bords de la rivière.

J'ai aimé retrouver des personnages de contes de l'enfance, les mythes élémentaires ou littéraires. De très belles pages, de celles qui vous font voyager dans une autre dimension, celle de la beauté même si elle est parfois cruelle.

J'ai pourtant trouvé à cette alternance des dialogues, un petit caractère d'artifice, comme à l'histoire elle-même, qui s'allonge et s'étire, avec ses redites et ses refrains.

Mais c’est un joli voyage.

 

La petite barbare

 

La petite barbare

 

La Petite Barbare – Belfond

Astrid MANFREDI

Août 2015 - 15 € - 160 p.

 

L’AUTEURE

Astrid Manfredi est née le 4 novembre 1970. Elle a suivi des études de littérature française et a créé le blog de chroniques littéraires « Laisse parler les filles ». La Petite Barbare est son premier roman.

 

AVIS

Astrid Manfredi livre ici une écriture noire mais réaliste. Passées les craintes du début de lecture, j’ai découvert un premier roman très abouti. Le style est affirmé, et la poésie naît parfois de la boue. Quelle audace de choisir un tel thème pour son premier roman.

 

HISTOIRE

L'affaire dite du « gang des barbares » est toujours bien ancrée dans la mémoire collective. C’était en 2006, et il y était question de violence et d’antisémitisme. Souvenez-vous : la mort d'Ilan Halimi, enlevé, séquestré et torturé par un groupe d'une vingtaine de personnes se faisant appeler le « gang des barbares », dirigé par Youssouf Fofana.  L’histoire a dépassé le fait divers pour devenir un vrai phénomène de société qui interroge encore sur la nature humaine : qui fabrique les monstres ?

L’auteure revient sur la tragédie en allant du coté d'une des protagonistes. La "petite barbare", nous ne connaîtrons que son pseudo de taule, était donc la fille d'un gang. Un monstre de beauté qui rabattait les proies et qui a fermé les yeux sur le crime. C'est elle qui écrit.

Emprisonnée pour complicité d'homicide, elle lit, et elle écrit sa haine, une "déferlante de haine en apnée". Elle décrit la vie de la petite barbare dans la cité : la prostitution, la pornographie, la dope, la délinquance, la pauvreté, la misère sociale, l'absence de rêves.

Et puis le fric facile, car ils en ont ramassé beaucoup, vendant de la came et dépouillant ceux qui se laissaient séduire par elle. A mener grand train - grosse voiture, fête, poudre blanche, champagne, Champs Elysées et boutiques de luxe - leur jeu est allé trop loin, jusqu'au meurtre.

 

AMBIANCE, un thème mainte fois revisité : une vie en banlieue, un père qui passe son temps sur le canapé, une mère, qui travaille comme femme de ménage, les huissiers qui passent prendre les meubles. Pas de caresse, quelquefois la main de sa mère dans ses cheveux, rarement. Quelques moments remplis de poésie avec sa mère. De la part du père : rien.

 

LE TEXTE est bref, mais fulgurant. C’est un récit "uppercut" qui sonne comme une autobiographie, à la fois brut de décoffrage et plein de pudeur. Elle dénonce le décalage qu’il y a entre la société des biens pensants et les laissés pour compte, les chômeurs, les petits. Elle décrit la lâcheté des hommes et le profit qu’ils font des femmes. C’est percutant, sans pathos, ni misérabilisme. Même si j’aurais aimé avoir un davantage de nuances dans les personnages secondaires, qui sont parfois vite balayés.


RESUME
En détention on l'appelle la Petite Barbare ; elle a vingt ans et a grandi dans l'abattoir bétonné de la banlieue. L'irréparable, elle l'a commis en détournant les yeux. Elle est belle, elle aime les talons aiguilles et les robes qui brillent, les shots de vodka et les livres pour échapper à l'ennui. Avant, les hommes tombaient comme des mouches et elle avait de l'argent facile.
En prison, elle écrit le parcours d'exclusion et sa rage de survivre. En jetant à la face du monde le récit d'un chaos intérieur et social, elle tente un pas de côté. Comment s'émanciper de la violence sans horizon qui a fait d'elle un monstre ? Comment rêver d'autres rencontres et s'inventer un avenir ?
La Barbare est un bâton de dynamite rentré dans la peau d'une société du néant. Un roman brut et stupéfiant.

 

Mort d'un poète

Longtemps après que le poète a disparu, Marianne chante encore dans les rues Tu me fais planer, rêvant un flirt avec toi sur Wight is Wight.

Delpech

 

Jalousie

« L'indifférence est peut-être la forme la plus raffinée de la jalousie. » Eugène Cloutier.

Et Naomi Watts à la plage ? Indifférente j’ai dit.

 

Pin up

Amitié

« Amitié » me dédicace cet auteur connu. « Ami, rien n’est plus commun que le nom, rien n’est plus rare que la chose » écrivait La Fontaine.

Amitie

La Maison

J’ai plus besoin de toi que de toit. Les livres sont des rendez-vous, des rencontres, des émotions.

Les livres que j’écris sont mes maisons.

Livres 4

La beauté

Un poème, une danse, une fleur, le souvenir d’un parfum, des rires d’enfants, une île surgie des brumes de l’aube, la beauté répare de tout.

Photo ocean5