• Profession : Auteure

Billets de amelielouis

Le bourreau de Gaudi

Le bourreau de gaudi 

Le bourreau de Gaudi

Aro Sainz de la Maza

(Babel noir) Actes Sud

 

Résumé (extait)

Un corps en flammes est retrouvé pendu au balcon d'un des monuments les plus emblématiques de Barcelone, La Pedrera, d'Antonio Gaudi. Bien mauvaise publicité pour la ville à quelques semaines de la consécration par le pape de la Sagrada Familia. Les services policiers sont aux abois et réintègrent l'électron libre Milo Malart, révoqué par mesure disciplinaire […].

La police est sommée de résoudre l’affaire au plus vite en raison de son retentissement sur l’image de la ville. Mais l’assassin n’a laissé aucune trace, pas la moindre piste. La police fait appel à Milo, un policier qui ne respecte aucune règle, et le met sous la surveillance d’une coéquipière jeune et jolie.

Evidemment les meurtres s’enchaînent. Toutes les victimes sont des notables dont la mort spectaculaire est mise en scène sur les édifices du célèbre architecte Antonio Gaudi. Tous les ingrédients de la série américaine sont réunis. Facile me direz-vous… mais efficace. Et d’ailleurs l’essentiel n’est pas là, car le personnage principal est sans conteste Barcelone.

On m’a offert ce polar catalan de 750 pages, et à la première heure de lecture je me suis dit « aïe, il y aura des nuits blanches ». Impossible de le lâcher.

Complexe et émaillé de multiples rebondissements, ce roman entraîne dans un rythme qui va crescendo jusqu’à la fin. Pour qui a parcouru passionnément la capitale catalane à la découverte de son patrimoine, pour qui comme moi, est fasciné par l’œuvre de Gaudi, ce roman est un pur délice.

C’est un hommage au génie de Gaudi, à sa créativité hors du commun qui a marqué l’art nouveau. On y découvre son approche personnelle qui s'appuie sur la géométrie et le symbolisme, son style organique inspiré par la nature. Barcelone est magnifiquement décrite, sa lumière et sa face obscure aussi, faite de corruption, d’ambition, car pour grandir, parfois la ville a sacrifié ses enfants.

La psychologie des personnages est également travaillée. Milo cache des blessures, il mène sa propre enquête personnelle sur la mort de son neveu qui se révèlera étroitement liée à l'enquête officielle.  

Et que dire du bourreau, cet enfant né des entrailles de la ville ?

L'auteur est né à Barcelone et signe là une véritable déclaration d'amour à sa ville. Barcelone, que je visiterai encore à la lumière de cette lecture palpitante.

 

 

Deux hommes de bien

Deux hommes de bien

 

Arturo Pérez-Reverte : né en 1951, a été journaliste, puis romancier. Il est membre de l'Académie royale espagnole.

Traduit par Gabriel IACULLI - Publié au Seuil – Mai 2017

 

Ce roman historique érudit et documenté, nous embarque à la fin du 18è siècle (1780) entre Madrid et Paris.

A Paris, le siècle des lumières s’épanouit. La fameuse Encyclopédie de Diderot et d’Alembert est considérée comme la plus grande des avancées intellectuelles. Elle est officiellement interdite mais circule sous le manteau si librement qu’elle a déjà connu plusieurs rééditions plus ou moins fidèles.

Au même moment, L'Espagne est soumise au joug de l'inquisition qui réfute toute avancée scientifique contraire aux principes divins. Autant dire que détenir l’Encyclopédie y est totalement interdit.

Mais,  voici que l’Académie royale d’Espagne décide de mandater deux académiciens intègres et courageux pour se rendre à Paris et rapporter les 28 volumes de l’ouvrage.

Il y a du don Quichotte et du Sancho Panza dans ces deux académiciens qui s’enfoncent sur les routes de Madrid à Paris infestées de brigands et jalonnées d’auberges inconfortables pour ne pas dire insalubres. 

Mais ils arrivent tout de même à Paris. Et c’est avec leur étonnement que nous découvrons les rues, les salons, les librairies, mais aussi les mœurs libertines et les agitations politiques prérévolutionnaires.

Evidemment, leur quête de l’Encyclopédie se révèlera difficile : l’édition originale est épuisée, et deux membres de l’Académie opposés à leur mission ont lancé à leurs trousses une crapule chargée de les faire échouer.  Les épreuves traversées feront naître une amitié entre ces deux hommes, l'un militaire et l'autre homme d'église, qui entretenaient au départ une distance polie.

Mais l’originalité de cet ouvrage ne réside pas tant dans l'intrigue que dans sa construction autour de deux trames temporelles. L’auteur imbrique à l'intérieur du roman une autre histoire  où il nous explique au fil du récit, comment il a construit son roman historique. Le lecteur a un œil au-dessus de l'épaule de l'auteur tandis qu’il  se documente, qu’il fait des repérages, qu’il doute, et participe ainsi à l’œuvre en train de se créer.

 

 

Relire les particules élémentaires

Toute une epoqueOn m’a offert récemment « Toute une époque » d’Ariane Chemin, grand reporter au Monde. Il s’agit de 32 portraits et reportages publiés dans le Monde entre 2005 et 2018 et remaniés. Ce n’est pas cet ouvrage que je souhaite évoquer même s’il est joliment écrit, mais le désir de relire Houellebecq qu’il a suscité chez moi grâce à un texte  titré « Michel Houellebecq, la tour et le territoire ».

Je me suis donc rendue à la médiathèque avec l’idée de prendre au hasard un titre. Mais conformément à ce que prétend l’article, Houellebecq est l’auteur le plus emprunté, et il n’y avait de disponible que « Les particules élémentaires ».

Soupir, je l’avais lu. Vingt ans déjà ? Je décidai d’aller au bout de ma démarche, certaine qu’il y a vingt ans, je ne l’avais pas abordé comme je le ferai aujourd’hui.

A l’époque, j’attendais une intrigue qui m’apparut faible (l’histoire de deux demi-frères, Michel l’introverti, et Bruno le jouisseur compulsif) mais j’avais apprécié l’écriture, même si j’avais le souvenir pesant d’un langage systématiquement cru lorsqu’il s’agissait de parler de sexe.

J’avais oublié à quel point certaines pensées sortaient des sentiers battus. Parfois provocantes mais méritant qu’on s’y attarde vingt ans après.

 « l'univers des cadres moyens et des employés était plus tolérant, plus accueillant et plus ouvert que l'univers des jeunes marginaux »

«  la libération sexuelle est un nouveau palier dans la montée historique de l'individualisme »

Je redécouvre la puissance de sa réflexion sur la société de liberté individuelle, du désir omnipotent, de l'exigence de jouir de tout dans l'immédiateté. Michel et Bruno sont les dommages collatéraux de cette société.

A l’aune de plusieurs années dans la protection de l’enfance, j’ai relu ce livre avec un nouvel éclairage, et compris l’isolement définitif des deux personnages et les troubles de l’attachement qui résultent de l’indifférence de leurs parents.

J’ai admiré l’intelligence émotionnelle qui éclaire l’écriture de Michel Houellebecq. Il m’a fallu vingt ans. Je suis un peu lente.

Cinéma : Under the Silver Lake

Under the silver lake 1« Under the Silver Lake » de l’Américain David Robert Mitchell, un voyage initiatique aux allures de thriller délirant dans Los Angeles.

Sam, trentenaire désœuvré et fauché, se lance à la recherche de Sarah, jeune et énigmatique voisine draguée un soir et qui se volatilise le lendemain.

Son enquête obsessionnelle à travers la ville prend la forme d’un voyage initiatique où il plongera dans les ténèbres décadentes de la Cité des Anges. Les énigmes qu’il doit résoudre sont caricaturales : déchiffrer des messages codés dans les jeux des boîtes de céréales ou en écoutant des disques à l’envers.

Derrière une apparence de joyeux bric-à-brac, c’est l’emprise de l’industrie du divertissement sur la culture américaine qui est explorée.

Je recommande ce film étrange et jubilatoire à ceux qui ont aimé “Mulholland Drive” de David Lynch.

 

 

De la sciure dans les veines

De la sciure dans les veines - David Ramolet, ELLA éditions

 

Résumé

De la sciure dans les veines La Plume est un autiste de 30 ans. Mal accepté dans son village, il s'ouvre à l'affection auprès de Brigitte, une prostituée d'une cinquantaine d'années. Parce qu'ils se sont promis un jour d'assister à un spectacle de cirque. Brigitte et la Plume vont non seulement réaliser leur rêve mais également se faire accepter par les circassiens. Les gens de l'ombre, ceux que le public n'applaudit jamais mais avec qui tout est possible.

 

Lire la suite

Rien n est rouge

Rien n'est rouge de François SALMON

 

Un recueil de nouvelles jubilatoire

à lire absolument pour en voir de toutes les couleurs

 

                          

Lire la suite

La straniera

La Straniera

 

 

La Straniera. Stéphanie Vermot-Outhenin

La Grande Ourse. 176 p. Janvier 2016

 

RESUME

Après sa rupture avec Claudio, son mari, Marianne quitte Rome où elle vit depuis une vingtaine d’années, pour se réfugier chez sa grand-mère dans le Jura. Elle espère ainsi gommer le geste irréparable qu’elle a commis à l’annonce de la trahison de son époux. Dans cette maison où elle a passé son enfance, entre Lorette, sa grand-mère qui l’a élevée, et Dominique, sa mère, taciturne et distante, aujourd’hui décédée, l’angoisse de Marianne ne fait qu’augmenter. Pourtant, jour après jour, confidences après révélations, Marianne relève la tête, ouvre grands ses yeux et trouve enfin la force de briser les chaînes de la culpabilité.

Lire la suite

La terre qui penche

La terre qui Penche de Carole MARTINEZ

 

Gallimard Parution : 20-08-2015. 368 pages.

 

RESUME 

Blanche est morte en 1361 à l’âge de douze ans, mais elle a tant vieilli par-delà la mort! La vieille âme qu’elle est devenue aurait tout oublié de sa courte existence si la petite fille qu’elle a été ne la hantait pas. Vieille âme et petite fille partagent la même tombe et leurs récits alternent. 
L’enfance se raconte au présent et la vieillesse s’émerveille, s’étonne, se revoit vêtue des plus beaux habits qui soient et conduite par son père dans la forêt sans savoir ce qui l’y attend. 
Veut-on l’offrir au diable filou pour que les temps de misère cessent, que les récoltes ne pourrissent plus et que le mal noir qui a emporté sa mère en même temps que la moitié du monde ne revienne jamais? 
Par la force d’une écriture cruelle, sensuelle et poétique à la fois, Carole Martinez laisse Blanche tisser les orties de son enfance et recoudre son destin. Nous retrouvons son univers si singulier, où la magie et le songe côtoient la violence et la truculence charnelles, toujours à l’orée du rêve mais deux siècles plus tard, dans ce domaine des Murmures qui était le cadre de son précédent roman.

Lire la suite